Lettre du 24 février 2025 - Goa, Inde
Cher.e.s ashtangis,
Que ce mail vous trouve en forme, le printemps pointant le bout de son nez !
Ici, à l’autre bout du monde, c’est la saison chaude qui nous submerge, un peu plus tôt que prévu : la chaleur devient très intense, même la nuit et à 5h du matin dans le shala…
On pratique mais on a parfois la saison d’être en train de prendre une douche tellement on sue !
En bon tempérament pitta que je suis (l’un des 3 doshas en Ayurveda, dirigé principalement par le feu), je ne suis pas une fan des hautes températures, ni de l’humidité de l’océan. Mais comme on ne peut pas tout contrôler et que la vie est très douée pour nous challenger, j’apprends à lâcher.
Surrender, en anglais. Je ne sais pas pourquoi, mais ce mot m’a toujours attiré, et je n’arrive pas à lui trouver un bon équivalent français. C’est une forme d’abandon mais pas dans le sens de baisser les bras : plutôt de s’abandonner ou de lâcher prise par rapport à une force plus grande, qu’il est vain de combattre.
Parce que se débattre, refuser, repousser ne fait qu’aggraver notre sentiment inconfortable.
Mes pratiques et les activités de la journée sont donc empreints d’une forme de lenteur déterminée : il y a des choses à faire, je les fais, mais je m’adapte à ce que l’environnement me présente chaque jour. Et il aura fallu 2 mois, 35° et 3h de sommeil par nuit, pour intégrer vraiment cela.
Sans l’agitation autour de l’inconfort, sans la peur que l’on se rajoute autour de la douleur, une forme de détente s’installe. On s’abandonne à ce qui est, sans pour autant baisser les bras. Il est essentiel de continuer à agir de façon juste, et ne pas se figer : c’est dans le moment présent uniquement que l’on plante les graines qui donneront notre futur.
Alors si parfois on a la sensation que rien ne bouge, qu’une forme de « à quoi bon?! » s’installe, on peut se rappeler que dans la nature, tout est toujours en mouvement : même en plein hiver, sous terre, la vie continue pour être prête à jaillir au printemps. Si elle baissait les bras parce que c’est long, froid, sombre et pénible, aucune des fleurs magnifiques et pleines d’espoir ne sortiraient dans les prochains mois.
Il en est bien sûr de même pour sa pratique de yoga : à force de travailler à l’effort juste chaque jour depuis ma fatigue de l’automne, mon corps et mon mental retrouvent enfin de l’énergie, 6 mois plus tard ! Ce n’est jamais du temps perdu, parce que tant de subtilités se sont intégrées dans ma pratique pendant cette période délicate. Sans parler de toutes les compréhensions sur ma vie et mon fonctionnement, pour ramener plus d’équilibre dans mon quotidien !
Si je m’étais débattu, refusant l’inévitable, je n’aurais gagner qu’un épuisement supplémentaire et sans doute plus profond.
Il est intéressant pour moi, qui suis une personne fort dans l’action, de pressentir qu’à la fin, je comprendrais que tout doit être imprégné de cette forme d’abandon. Chaque jour, agir de façon juste, mais dans un lâcher prise serein.
Je sais que cette période d’autonomie n’est pas facile à vivre pour vous : je la vis 9 mois par an, je sais de quoi je parle !
Je sais que les doutes et la fatigue de l’hiver s’accumulent. Je sais que les joies d’un printemps proche titillent.
Et que tout ça peut vous éloigner de votre tapis.
C’est ok de ressentir cela. Ne vous débattez pas contre ce que la vie vous présente : trouvez seulement comment ramener l’action qui est juste pour vous dans votre quotidien. Et ça peut commencer par une simple salutation.
Pas parce que le yoga est une obligation, mais parce que peut-être, tout comme moi, vous avez senti sa puissance de transformation.
Et toute transformation demande de la consistance. Cette consistance, on peut aussi la construire au fur et à mesure et dans la joie !
Je pense fort à vous, pas encore en tant qu’enseignante, mais en tant qu’élève de yoga et de la vie, tout comme vous.
Avec toute ma tendresse,
Mélanie

Que c’est doux à lire !
Merci Clem ! 🥰