Lettre du 2 février 2025 - Goa, Inde
Cher.e.s ashtangis,
Que ce mail vous trouve en joie et en forme, je l’espère !
De mon côté ces jours-ci, je travaille le silence. Le silence des pratiques matinales, le silence des moments de retrait en pleine journée, le silence parfois lourd de la nuit.
Sans paroles, mais aussi, du mieux que je le peux, sans bavardage mental.
Oui, autant l’avouer, ce n’est pas facile du tout, mais les très rares moments de « réussite » en valent la peine.
Ce soir cependant, je ressentais l’élan d’un partage, alors je me lance, avant de replonger dans mon silence.
L’exercice est un peu plus compliqué que d’habitude, étant donné que je ne peux pas (encore) partager les merveilleux satsangs de Sharmila, et que je ne veux pas (encore) remettre ma casquette de professeure, pour vivre pleinement l’expérience ici.
Bref, je vais vous parler de ce que je vis, tout simplement.
Il est une chose de dire, parce que c’est à la mode, « je sais que je ne sais rien », comme ont dit tant de grands philosophes et sages. C’est autre chose de le vivre au fond de soi. Plus j’apprends de cette pratique, et plus mon humilité grandit : plus je me sens petite, et le savoir devant moi gigantesque.
Au lieu d’être décourageant, c’est une source de jouvence : pour toujours, je resterai cette simple élève de la vie, qui a soif de comprendre, de vivre ses propres expériences, d’observer l’immensité du monde. Et c’est incroyable de découvrir cette immensité dans le microcosme de ma pratique !
Cette année bien plus que les précédentes, mon apprentissage est au delà des asanas, les postures – pour lesquelles beaucoup commencent le yoga, avant de réaliser qu’elles ne sont que le seuil de la porte vers un monde si vaste.
Pour tout dire, je n’arrive pas à atteindre la moitié de la première série, même pas le tiers de mes asanas habituelles : quelque chose se passe en moi, au delà du corps qui n’a pourtant plus de douleurs, au delà du mental qui a pourtant retrouvé toute sa concentration… Quelque chose d’autre se joue ici, de bien plus essentiel pour moi en ce moment.
Il me faut chaque jour me reconnecter à ma confiance, à ma patience, et surtout à mon discernement : écouter tout au fond le murmure venir, ce subtil changement d’énergie que je me dois d’écouter, de respecter, parce qu’il est la clé de mes épuisements sur le long terme.
Mais que c’est délicat ! C’est tellement plus clair quand le corps nous dit stop, quand on tombe malade ! Mais voilà, je dois apprendre à sentir ce qui se passe avant, parce que tout commence au plus profond de nous avant de remonter à la surface du corps, et de s’extérioriser par la maladie.
C’est passionnant, même si un peu désespérant certains jours, quand je pense avoir compris mais que je sens finalement que ça m’a encore glissé entre les doigts.
D’où la période de silence que je veux vivre : pour mieux écouter ce murmure profond, et mieux l’appliquer à mon quotidien.
Parce que la pratique sur le tapis n’est pas le but de ma vie, comme il ne doit l’être pour aucun d’entre nous. C’est juste le « tatami d’entrainement », avant de passer sur la grande scène de la vie.
Je redécouvre à quelle point tout le concept de cette pratique, et la façon dont elle est enseignée traditionnellement, peut guérir des blessures insoupçonnées, nous faire réaliser nos tendances les plus profondes, jusqu’à remodeler notre comportement en plus que notre corps.
Non pas pour devenir quelqu’un d’autre d’idéalisé, mais pour faire rayonner notre plus belle version de nous-mêmes.
Devenir pleinement soi, pour accomplir ce que l’on a à faire, que l’on soit parent, artisan, croyant, passionné par son métier, par les êtres vivants, par la nature… peu importe, nous avons tous une petite pierre à ajouter à l’édifice.
… Toute cette expérience, sans même atteindre la moitié de la première série… !
Et je sais qu’il est possible de se transformer rien qu’avec des salutations au soleil et la posture de méditation, faites avec le bon souffle, la bonne intention et avec patience, chaque jour.
Comment ne pas se sentir humble face à tant de grandeur dans si peu.
Cette année ici est dure, vraiment je ne m’y attendais pas, mais comme j’aime les paradoxes, vous le savez, je suis aussi en joie : il y a encore tant à découvrir ! Ma curiosité et ma soif d’essentiel me poussent encore et toujours plus loin sur ce chemin.
Et je ne peux que vous dire de profiter de vos pratiques pour expérimenter à votre tour..eh bien.. juste ce que la vie a à vous apprendre, de plus challengeant parfois mais aussi de plus beau !
Avec toute ma tendresse,
Mélanie
